LES BELLES DE L'ILE (1)
BELLE ILE EN MER
1) Quiberon, 8 juillet
Ça commence par l’autoroute et par une sortie.
- Mais non, c’est pas une sortie c’est une aire.
- Une aire de sortie ?
- T'as pas compris la consigne.
Mais on a trouvé celles qu’on cherchait. Elles se sont réparties dans les véhicules comme elles ont pu. Moi, j’ai pris leurs bagages.
On est arrivé à Nantes, au péage, à 10h30. Tout le monde était là. Et on a avancé jusqu’à Vannes. Bizarrement à mesure qu’on avançait dans la péninsule bretonne le ciel se montrait plus clément.
1- Preuve qu’on est parfois déçu dans ses attentes.
2- Preuve qu’on est souvent déçu dans ses attentes.
3- Preuve qu’on est toujours déçu dans ses attentes.
4- Preuve qu’on n’est jamais déçu dans ses attentes.
(cochez la phrase qui vous convient).
Avant Quiberon (12h45) on a traversé Sant Per Kiberen (en breton dans le texte) et l’isthme de Penthièvre. On s’est mis dans un parking sur la falaise. On a déjeuné avec les goélands parmi lesquels il y avait une mouette (précision utile, mais ça rallonge mon texte). Il faisait beau. Venteux, mais beau. On a fait un petit tour de bord de presqu’ile. Dans l’eau y avait des baigneurs pleins d’ardeur, sur les bords de l’eau y avait des châteaux rigolos. On a vite fait le tour des baigneurs et des châteaux. Des plages étaient désertes et d’autres surpeuplées. Les plages désertes étaient loin de la ville : les gens n’aiment pas marcher. On a trouvé l’auberge de jeunesse qu’il nous fallait. On s’y est installé. Le soir, avec quelques affamé(e)s on est sorti pour manger une crêpe dans une crêperie. C’était au bord de la mer mais quelqu’un a parlé des gorges de l’Aveyron. Si l’association ne vous saute pas aux yeux, tant pis. C'est là, également qu'on a entendu parler de lait Ribot (certains pour la première fois de leur vie, déjà longue pourtant). En rentrant à l’Auberge (de jeunesse) il a fallu emprunter une succession de ronds points et de ralentisseurs : autre association bizarre. On s’est pas perdu : on avait un bon GPS, une fleur dans le genre !
Paraît que certains ont eu une nuit agitée, plein d’écorchures.
Dans une Auberge de jeunesse chacun oublie ce qu’il est devenu avec le temps. C’est normal de s’oublier.
Voilà, c’était le premier jour.
J’ai fait court pour ne pas faire long.
2) Belle Ile en Mer, 9 juillet
C’est là que ça a vraiment commencé.
Certaines avaient pris leurs précaution vu qu’on traversait la mer (hé oui !) : il suffisait d’y croire ! ça pouvait être le brin de persil fiché dans les oreilles ou le sparadrap collé sur le nombril. La seconde solution est plus discrète et a le mérite d’éveiller la curiosité : le sparadrap est-il collé en croix de Saint André, en croix Latine ou en croix grecque ? On aurait aimé avoir plus d’explications : mais non, on nous cache tout, on nous dit rien. Ou plutôt on nous cache tout ce qu’on nous a dit.
Avant la traversée, dans la panique, certaines avaient pris le parachute dorsal et ventral, d'autres (parfois les mêmes) ont été bénies par une aspersion de café. Quand on se lâche, deux précautions valent mieux qu'une…
Des fous nous accompagnaient (de Bassan) pendant notre traversée sous le ciel gris. On est arrivé sous le même ciel gris. A droite, la citadelle de Vauban. A gauche, des pelouses vertes plongeant dans la mer. Après quoi il a fallu monter les bagages jusqu’à la hauteur de la citadelle où se trouvait l’Auberge.
On a déposé nos bagages.
On est parti au galop jusqu’à la pointe des Poulains. C’était gris, encore et toujours.
Je pourrais faire une description de la côte, mais je ferai court :
en a) vous avez la version courte, pour les lecteurs qui n’ont pas de temps à perdre (ceux du journal de Mickey par exemple)
en b) une version plus détaillée pour les lecteurs qui ont du temps à perdre (ceux de la recherche du temps perdu par exemple).
Version a) :
« des rochers et de l’eau, de l’eau et des rochers ».
Version b) :
C’est labyrinthique. On arrive par un parking récemment aménagé (2008). On s’y est un peu perdu pendant 3 minutes (normal, au début on se perd toujours). Un chemin en descend qui conduit vers l’île aux poulains où se trouve le phare du même métal (aux poulains). On peut voir un ancien fortin acheté par Sarah Bernhardt en 1894. On ne peut plus voir en revanche, sauf sur des cartes postales, un manoir, détruit par les allemands pendant la seconde guerre mondiale, et qui avait été acheté, lui aussi, par Sarah Bernhardt. On nous a parlé d’un siège où la célèbre actrice aimait à se reposer : c’est un siège taillé dans le roc sans doute. La Présidente a voulu le voir, mais on ne l’a pas trouvé. L’île aux poulains est séparée (ou rattachée) du reste de Belle Ile par un isthme qu’on peut franchir à pied à marée basse. Les touristes ne s’en privent pas. Et nous étions parmi eux.
Après avoir trotté autour du phare des Poulains, on est passé le long de criques aux eaux cristallines et aux couleurs quasiment tropicales. Des bleus céruléens et des ombres noires glissaient sur les roches grises ou orangées. (Je vous l’avais dit : il y aura de la description !). On marche, et nos yeux se régalent de la profonde clarté des eaux. Et je ne parlerai pas des odeurs de l’iode marin à l’abord du moindre petit coin de plage où la chaleur du soleil, plus forte, fait éclater dans l’air l’odeur des goémons qui s’y trouve prise comme dans une bulle.
Certains se sont trouvé un coin face au large malgré le vent, d’autres ont préféré l’abri des massifs d’hortensias qui foisonnaient à quelques pas. Les goélands sont venus nous mendier des miettes (ils auraient espéré davantage et quand nous sommes repartis ils ont dû cocher la case : « on est toujours déçu dans ses attentes. »).
On a continué, on a traversé un bois de pins, ça montait et ça descendait (la rando ne va pas sans montagnes russes). Certains prenaient des photos (trop). C’était long, ça trainait, comme un compte-rendu de randodahu. On est arrivé à Sauzon (un petit port à la fois vieillot et coloré comme une peinture naïve ou un dessin d’écolier appliqué). Il y avait des bus, alors le groupe s’est divisé en deux : ceux qui en avaient assez fait et ceux qui voulaient bien encore user leurs souliers. Je ne peux pas vous raconter ce qu’ont fait ceux qui en avaient assez fait. Pour nous ça montait et ça descendait, point final. On a longé une ria (qui était peut-être un aber!) mais après ça les montagnes russes ont repris de plus belle. On a passé la pointe de Kerzo, traversé encore quelques criques (je vous le dit brièvement : de l’eau et des rochers). On a traversé un fort parsemé de blockhaus qui faisaient songer à des grottes ou à des rochers et tagués comme il se doit selon le nouveau genre pariétal du XXIème siècle. On s’est perdu, on s’est retrouvé. On a longé une colonie de vacances de la SNCF (mais on a pas parlé boulot). On s’est reperdu. On a aperçu la citadelle Vauban. On était arrivé, quelle surprise ! Une des portes se nommait « porte de secours ».
Le matin, on était entré dans un labyrinthe et maintenant on en sortait…
On est arrivé et on s'est posé où on a voulu
LE RDD
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