Randodahu / première / CLAP.

On vous l’avait annoncé : c’est la rentrée. Le 4 septembre le RDD a pu recueillir quelques impressions d’une jeune débutante dans le métier de pousse-cailloux. Vous verrez que ses propos vous rappelleront vos propres premiers émois dans ce domaine. Il y a aussi beaucoup de rapports avec un film. On peut penser en particulier aux films de Charlot (Chaplin) où tout se termine quand le petit homme se dirige seul vers un avenir incertain représenté par une voie rectiligne qui s’étend devant lui.
Voilà : c’était la première fois. Vous, la première fois, vraiment ? ah, permettez-moi d’en douter ! Non, je vous jure, vraiment la première fois, la toute première fois, la prem’ des prem'. Vous m’étonnez, vous êtes étonnante, vraiment étonnante : je dois vous féliciter car vous marchez bien pour une « première ». Ah, je suis ravie que vous me disiez ça, vous trouvez que je marche bien ? C’est gentil. J’suis qu’une débutante, vous savez et je m’suis vraiment demandé si je pouvais, si je devais, enfin j’ai beaucoup hésité. Devant tous ces habitués de la chose, ces vétérans si j’ose dire, des gens comme vous quoi, blanchis sous le harnais, je m’sentais un peu inexpérimentée je l’avoue, un peu « jeune », quoi ! Mais voyons, voyons qu’est-ce que vous me chantez là ! Vous, jeune ? Mais vous n’en donnez absolument pas l’impression, au contraire, on se rend tout de suite compte que vous avez une longue carrière derrière vous, l’habitude du sac à dos, des guêtres, et des croquenots. Jeune, vous ? ah ça non alors ! Plus je vous regarde et moins je vous trouve l’air jeune, rassurez-vous. Non, non, ça saute aux yeux, vous êtes très expérimentée, on voit que vous avez l’usage de la chose (au 18ème siècle on vous aurait volontiers qualifiée d’ »usagée », je vous confirme donc, et dans ma bouche c’est un compliment, que vous êtes très « usagée », j’ai trouvé même que vous étiez parfaitement intégrée au groupe. Ou bien alors vous faites parfaitement illusion au milieu de tous ces « vétérans » comme vous dites. Si ,comme c’est arrivé à l’issue de cette rando, il avait plu pendant, je suis sûr que vous en auriez remontré à plus d’un sous votre petit poncho : et puis, regardez-vous, vous êtes là, en pleine forme, car c’est l’usage qui donne la forme. Bon, vous l’avez fait ce chemin et c’est l’essentiel ! Et quelles sont vos impressions… positives, j’espère ?

Ah, oui, très très positives, oui, oui ! ce petit bout de bitume pour vous mettre en jambes dès le premier kilomètre, et puis ce passage progressif à la forêt grâce à une bordure de route en terre battue mais un peu herbue par endroits pour s’habituer aux terrains plus rudes qui vont suivre. J’ai trouvé que c’était re-mar-qua-ble-ment bien pensé. Et je ne sais pas si vous vous en êtes rendu compte, mais il y avait de vraies épreuves d’initiation. Comme l’a si bien dit le monsieur, vous savez, celui qui a fait le petit discours inaugural et qui a fait un autre discours pour finir la rando, c’est même lui, si j’ai bien compris, qui a été notre guide (mais quel guide !), moi je l’ai trouvé très sympathique d’ailleurs : vous voyez qui je veux dire : toujours souriant, des lunettes fumées et portant son bâton à l’épaule, un peu comme un fusil : je me suis interrogée était-ce un chasseur, était-ce un ancien des sévices secrets, était-ce un militaire ?), enfin il a dit à la fin que nous nous étions trouvés dans toutes les configurations possibles où peut se trouver le randonneur (ou la randonneuse). J’ai trouvé que c’était très juste ce qu’il disait. Ah ? on ne dit pas des sévices secrets on dit des services secrets ? Vous faites bien de m’en avertir sinon j’aurai pu commettre une grosse bourde. Moi je croyais que seuls les services étaient publics et que les sévices étaient secrets, privés quoi. Eh bien, dites donc, merci ! on en apprend des choses dans votre groupe. Qu’est-ce que je disais déjà ? Ah oui il m’a semblé que toutes les configurations se sont trouvées réunies comme le disait ce monsieur. D’ailleurs j’ai plein d’exemples qui me reviennent en tête. A peine étions-nous entrés dans la forêt qu’un groupe de Vététistes a bien failli nous surprendre. Mais seulement failli, car l’arrière-garde veillait et parmi ceux qui en faisait partie, il y avait en particulier ce monsieur très charmant, là, celui qu’on appelle le « serre-file » (ou le « serre-fille », j’ai pas bien compris car je n’ai pas encore assimilé tous ces concepts qui vous sont, à vous, si familiers). On a entendu « Vélo ! » et on a pu s’écarter juste à temps. Et une autre fois, mais là c’était sur la route, on marchait bien sur la gauche en file indienne, normal quoi, et devant nous surgit un groupe de cyclistes et ils roulaient à une de ces vitesses, hou là, là ! et, juste derrière, au même moment, un autre groupe de cyclistes est arrivé en sens inverse du premier. Nous nous sommes tous croisés et il n’y a pas eu d’accident, mais c’est parce qu’on était très bien alignés en bordure de route, parce qu’on respectait la consigne sinon… et il faut ajouter aussi que, heureusement là encore, il y avait un autre monsieur, qui semblait être toujours un peu partout, ayant l’œil à tout. D’une vigilance ! Moi, je lui tire mon chapeau. Quelle rigueur ! En voilà un qui connaît bien le règlement. Et qui sait le faire respecter. C’est pas tout de connaître la loi, vous savez. Après ça heu. Ah, oui j’me souviens. On a traversé une forêt encore toute bousculée par je ne sais plus quelle tempête, puis on a suivi une vraie piste de sauvages au milieu de fougères presque aussi haute qu’un petit homme, et ensuite il y a eu un parcours d’obstacles de troncs abattus, alors là, c’était physique hein, très très physique, certain(e)s ont été un peu secouées, d’autres ont attrapé des crampes. Il a fallu s’arrêter. C’est là qu’on s’aperçoit que la rando et la marche c’est pas du tout pareil. Mais pas du tout, du tout. Et puis ces longues allées landaises sablées et interminables, quelle patience pour en voir enfin le bout !
On a appris plein de choses mais j’en ai retenu surtout une : à quel moment on devait déposer le sac sur le bord du chemin par exemple. Ça c’est très important parce que ça a un double usage : 1. se débarrasser du sac qui pèse lourd parfois et 2. se cacher derrière les feuillages voir venir les retardataires (j’ai demandé à mes copines de jeu s’il fallait leur crier « coucou-hibou ! », mais elle m’ont fait savoir que ça ne faisait pas partie du jeu). On a rencontré des messieurs très comme il faut qui promenaient leur chien en plein milieu de la forêt (ils devaient préparer la future ouverture de la chasse), on a rencontré un joggeur (un) et encore des Vététistes qui nous ont très courtoisement cédé le passage. Et, finalement j’ai regretté la brièveté de cette petite matinée au grand air, quand on a revu le clocher de l’église d’où on était parti. D’ailleurs on a fait une photo de groupe : y avait tout le monde sauf celui qui prenait la photo. On le gardera en mémoire ce monsieur, c’est tout. A la fin quand tout le mode regagnait son véhicule, le vent s’est levé en bourrasque les drapeaux se sont mis à claquer et de grosses gouttes de pluie se sont mises à tomber. Les organisateurs avaient donc pensé à tout, c’était magique !
La fin de rando c’est comme le dernier mot d’une bonne histoire : on regrette quand le mot fin apparaît. Et moi qui redoutais le début !
Propos recueillis par le RDD.
Mais enfin, tout ça, du « début » à la « fin », c’est du cinéma…
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