Tiens, voilà du Budos !
Ça commence comme dans un vieil almanach. Deux personnages (et le narrateur) parlent.
A – Saviez-vous que « Budos » serait la forme occitane de « boudin »
B - Ah ? Ce n’est donc pas le petit nom d’un chef arverne un peu enveloppé ? Par Bélénos !
A - Ce matin le chef n’était pas Arverne.
B – Il ne devait pas être assez enveloppé sans doute.
A – Il ne l’était pas-du-tout ! Il avait ôté ses moustaches de maïs, mais devait être resté chef dans l’âme parce que ce matin, ça n’a pas fait un pli : RRRRRassemblement au pied de l’église !
B - Avec roulement de tambour ?
A – Mais non, sans roulement de tambour ! C’est par rrrroutine que les rrrrandonneurs viennent au seuil des églises et parfois des mairies chaque dimanche matin. Tu sais que pour bien se compter il faut, en premier lieu, bien se rrrrrassembler.
B- Je vois sur les photographies qu’ils sont tous habillés de rouge : ce sont des pompiers ?
A - Non ce ne sont pas des pompiers. Ce sont des Randodahus !
B- Oh ! Oh ! Ils mettent le feu ? Ils l’éteignent ?
C- Navré d’interrompre cette conversation. Si vous permettez, je rrrrrrrrassemble mes mots et on y va. Les commentaires seront brefs. 1ère constatation, la rando c’est simple : on revient au point de départ après trois heures de marche.
A- Et rarement plus !
B- Si c’est ça, alors, rien à dire : on a eu trois heures de conduite, on a été bien conduits et on s’est bien conduit.
C- Je disais donc que serai bref
A et B – Alors nous t’écoutons.
A- Nous t’écourterons même, si nécessaire.
B- Nous serons juges de ta brévitude.
C- Je vais le faire par épisodes. Brefs, comme je l’ai dit.
A ( à B) – S’il se répète ça risque au contraire d’être long.
Premier épisode
Souvent au réveil, alors qu’on a déjà un pied sur la carpette, les savates se présentent à l’envers. Comme ce matin. En général c’est mauvais signe : on glisse le pied gauche dans la savate droite et lycée de Versailles (pour ceux qui connaissent). Il fait nuit. Où ont-ils encore caché l’interrupteur aujourd’hui ? C’est agaçant à la fin de changer les choses de place sans prévenir ! La solution : opter pour la navigation à vue et se résigner à nager dans le « budos ». Ah, il fallait retarder sa montre pendant la nuit pour cause de retour à l’heure d’hiver? mais l’hiver n’est pas au rendez-vous! Il a dû prendre du retard, l’hiver. Dans ce nouveau noir on se sent comme un attardé.
Finalement vers 7h30, croquenots et sac à dos : tout est miraculeusement prêt au moment voulu. Allons-y. Un petit groupe est déjà en attente : c’est moi qu’on attend ? J’y crois pas(!). Voilà, voilà, on arrive ! Retrouvailles : smick, smack, smock ! Ça m’réveille. Mais voici B…te qui sort de son carrosse. Elle a le sourire. Tout va mieux chez elle. Devra-t-on rebaptiser en « Place des bonnes nouvelles » la place de la mairie de B… ? Eh oui, le ciel de l’espoir est de nouveau là, tout le monde y voit plus clair, y a du bleu dans les cœurs. Je vous enverrai bientôt un « bleu » pour vous signaler toutes les bonnes nouvelles.
Deuxième épisode.
Départ à l’heure dite : c’est tout bon ? Ah non, flûte, brouillard. Le convoi (deux voitures) s’est engagé dans une purée de pois ! On est encore une fois dans le budos. (Il a décidé de rouler sans phares devant ? ça aiderait pourtant s’il allumait ses lanternes !). Budos, justement nous y voilà. Le château est bien abîmé ! Avec la brume, ça fait médiéval en diable. La pierre est jaunie et grisailleuse. On va se perdre, c’est sûr. Bientôt A...ne aperçoit un chef blanc ou, si vous préférez, une tête chenue. Presque un panache : aujourd’hui c’est un chef.
C’est pourtant vrai qu’il n’a pas l’air Arverne(mais c'est parce qu'il a laissé ses moustaches de maïs au vestiaire. Voilà : il parle. Sur le parcours qui attend les 25 courageux et courageuses, tout le monde n’est pas d’accord, apparemment : certains avaient-ils vu les choses en grand?
Pffftt ! Retour au réel mon garçon ! Discuter et marcher le nez sur le chemin, regard plongeant sur tes godillots, tu sais que t’as une vue imprenable sur ta vie ! C’est une façon d’avancer et la meilleure puisque c’est la seule. Y aurait pas un autre scénario ? Oui, à condition de l’inventer et d’en assurer toi-même la mise en scène, hé, malin ! Inventons un scénario. Celui-ci par exemple. Avec sa fière allure le guide du moment pourrait dire : « Ralliez vous à mon panache blanc », et l’atmosphère autour de Budos pourrait devenir guerrière (alors qu’elle est, au plus, médiévale). On se munirait d’un étendard (certain(e)s l’on déjà fait), la colonne, baignant dans la brume, s’étirerait au long des rangées de vigne, s’y noierait, chercherait le panache blanc qui a tourné déjà, là-bas sur la gauche. Tout le monde suit ? C’est ça, l’aventure du dimanche matin. Quand va-t-on rencontrer l’ennemi ? On en parle encore que c'est déjà reparti.
Ou cet autre scénario ? Danser plutôt que marcher ? La danse du canard, ça serait bien : les petites pattes dans la gadoue, avanti ! Mais la plupart rêvent d’étendre leurs grandes ailes immaculées, de s’élever dans le ciel et de jouer le rôle du cygne sauvage. En plein vol ils apprendront vite à se méfier des chasseurs, comme de vulgaires palombes. Ben oui, on est tous des palombes. Palombes évitant de se voir farcies de plombs par le chasseur. Redescendons sur terre et préférons la danse des canards. Ce sera la conclusion de l’épisode.
Troisième épisode.
On a vécu un événement remarrrrrrquable, l’art du coup de sifflet : Sifflet à la bouche, notre guide donne-t-il le départ d’une course ? Plusieurs « Randodahus » piétinent déjà sur la ligne des cents mètres. Certains bayent aux corneilles. D’autres chuchotent. Mais… Faux départ ? « Nous allons, dit le guide, parcourir cent mètres le long d’une palombière. Donc, silence ! Avant de partir, il faut donner un coup de sifflet et il y aura une réponse. Tendez l’oreille la réponse sera discrète. Après la réponse on pourra passer. » Premier coup de sifflet… Rien. Nous guettons la discrète réponse. Aucun son à nos oreilles. Le son se serait-il perdu dans la brume ? Deuxième coup de sifflet. Quelque chose d’indistinct se fait entendre en effet. Ça doit être la réponse. Comme dans le langage des sioux c’est une histoire de signaux, mais tout ça nous enfume tant et si bien que la chasse à la palombe restera un mystère pour beaucoup. Après avoir parcouru les cents mètres, nous tombons sur un écriteau: un sifflet de deux sous y est pendu. Passe une cavalière : vient-elle récupérer son sifflet pendu à l’écriteau ? chasse-t-on la palombe à cheval ? Le nombre de questions restées sans réponses est affolant. Heureusement quand on marche on ne se pose pas de questions et quand on parle on ne sent pas les kilomètres. Ça compense. Le terrible avec ces randonnées c’est bien pourtant qu’on est obligé de marcher. Rendez-vous compte que même avec une patte folle on peut marcher pendant trois heures (et plus). On marche au sifflet, s’il le faut, comme on vient de le voir : dans la brume, sur le bitume, y compris avec un rhume (oui, oui !).
Quatrième épisode
A cause de la proximité du château en ruines, tout se métamorphose. Une rando c’est une rando : ce sont des gens qui marchent. Pourtant on a parfois des surprises. Prenons un randonneur quelconque… Tiens, celui-là par exemple. Non ? plutôt celui-ci ? Ah ? vous préférez cet autre… Hé bien suivons-le. Il navigue dans le brouillard, sans corne de brume. Zombie sans le savoir. Le fossé au bord du chemin est prêt à l’accueillir. Il va, il évite, il louvoie et, vaille que vaille, il avance. Sommeil l’habille encore de rêve. Devant lui, un autre marche. Qui ? il ne sait pas, mais il lui emboîte le pas. Derrière lui un cortège se forme. Ce n’est plus un seul, mais trois, mais cinq, dix, vingt-quatre (ils sont venus, ils sont tous là !). C’est le petit matin, Le chemin est tout en douceur, sablonneux, facile, devant, on sifflote. J’ai pensé en observant cette ribambelle de marcheurs à un conte célèbre : le joueur de flûte d’Hamelin, vous connaissez ? Une randonnée ressemble à l’histoire racontée dans ce conte car dans le groupe il n’y en a jamais plus de deux qui sachent où l’on va. Le joueur de flûte conduisait les rats à leur perte grâce à sa magie. Il fit même disparaître des enfants. Parmi les animateurs de Randodahu il faudrait enquêter : qui sifflote à défaut de savoir jouer de la flûte ?
Quatrième épisode (glaçant)
Aux temps d’hier les mois de novembre étaient froids. Aujourd’hui certains s’en souviennent peut-être encore : tout le monde ne fait pas remonter sa mémoire jusque là, mais il parait qu’au moyen-âge (bien avant et même bien après) on creusait des puits pour y mettre de la neige. C’est le guide qui l’a dit ! Et après, ça leur faisait un petit frigo pour l’été. C’étaient des raffinés. En tout d’ailleurs. Mais il avaient de vrais hivers à portée de main. J’imagine que s’ils creusaient des oubliettes c’était à l’instar des « glacières » : pour conserver les viandes. Ça se faisait également de préférence en hiver. On y mettait à l’ombre et au frais ces mauvais vivants qu’étaient les brigands, les propres à rien, les hérétiques et les ivrognes! Après, la tendance était d’oublier tout ce beau monde entassé pêle-mêle. L’été passait, le temps des vendanges arrivait. On raconte le fait-divers suivant. Une année, après avoir récolté le raisin, l’avoir pressé et mis en tonneau, puis inévitablement mis le tonneau en perce, on l’a tiré et, comme on sait, le vin tiré il fallait le boire, buvons un coup buvons en deux… on a fini par tout oublier. Quand enfin on s’est souvenu des oubliettes on a trouvé tous ces messieurs un peu moisis, devenus indistinctement hors d’âge et propres à rien. Conclusion : un verre ça va deux verres bonjour les dégâts. Mais bon sang quel rapport avec la rando du jour ?
- Aucun, il vous en fallait un ?
Voici quelques photos en rapport avec la rando du jour comme vous dites.
Cinquième épisode
« Franchement ça commence à être longuet ce roman sans queue ni tête !
- Bien voici donc un épisode court : il suffira d’écrire "fin de l’épisode". » Fin de l’épisode.
Sixième épisode
« C’est trop facile !
- Vous n’avez pas voulu du précédent et vous rechignez ? Pourtant celui-ci vous satisfera peut-être ?
- C’est une histoire ?
- C’est une histoire !
- De quel genre ?
- Que vous importe le genre ?
- Drôle au moins ?
- Les histoires drôles sont dans les Almanachs.
- Rendez-moi mon Almanach !
- Allons-y Alonzo. »:
Outre les saints du jour et les bontés des saisons, on trouve dans les Almanachs
- des contes (ex. le joueur de flute d’Hamelin et le vilain petit canard),
- des faits divers et des coïncidences folles (l’oubli des oubliettes),
- des télégrammes historiques (j’ai promis de vous envoyer un « bleu »),
- des pensées de bon aloi (j'en cherche vainement),
- des gourmandises de bouche (c’est des recettes gourmandes que vous voulez ?),
- des conseils potagers et horticoles (je demanderai au Jardin des Rives),
- des éclaircissements sur le langage des fleurs (idem),
- des remèdes d'ancêtres et autres savoirs traditionnels (ben mes aïeux !).
Attendez, le reste viendra. Je poursuis l’almanach. Le 30 octobre, jour de notre randonnée à Budos (je précise car l’eau a coulé sous les ponts) est le 9ème jour de Brumaire dans le calendrier républicain, jour de l’alisier, qui est un arbre pouvant atteindre 20 à 30 mètres en forêt et vivre selon certains – des fantaisistes – jusqu’à 300 ans. Si on hiérarchise les espèces en fonction de l’âge qu’elles peuvent atteindre l’alisier est une espèce supérieure à l’homme. Si on tient compte des mensurations l’alisier lui est encore supérieur. Cette supériorité est par ailleurs confirmée par le fait que les alisiers ne font pas la guerre et se sont toujours bien gardés de construire des centrales atomiques. Comme il y avait de la brume ce jour-là (voir précédemment), Brumaire convient parfaitement au 30 octobre. La République convient-elle à notre temps ? Ne prononçons pas de jugement hâtif. La République se tâte longtemps avant d’épouser un temps plutôt qu’un autre, même si c’est pour peu de temps. Revenons à notre neuvième jour de Brumaire. « Jusque là, vous êtes l’Almanach le plus drôle que j’ai jamais lu ! - Assez d’ironie, on fait ce qu’on pneu ! Il faut que la drôlerie suinte lentement de l’information essentielle, qu’elle suinte sans qu’on s’en rende compte, qu’elle s’installe doucement dans votre esprit. - Jusqu’à présent comme je ne me suis rendu compte de rien, est-ce que je dois en conclure que c’est TRES drôle ? Vous me direz quand je dois rire.
- C’est l’histoire d’un nommé Pradines.
- Pardon, nous n’avons pas été présentés…
- Commissaire enquêteur au XIXème siècle.
- Je me disais aussi ! Mes connaissances ne vont pas jusque là ! - Il avait été chargé d’identifier les sources de Budos…
- La barbe !
- Un instant, j’abrège.
- Merci pour la brévitude.
- Il y avait plusieurs sources d’un intérêt touristique certain, bouillonnantes, abondantes, poissonneuses. Il y avait deux moulins, Fontbannes et Batan et un ensemble d’habitations du XIIème siècle. Qui devaient durer mille ans tant elles étaient solides…
- Quel conte ! puisqu’elles n’y sont plus…
- On les a détruites. Bordeaux avait besoin d’eau. Il a capté ces sources et pour cela on a exproprié et détruit.
- C’était déjà la guerre de l’eau ?
- Et l’intérêt général qui prévalait.
- Drôle d’histoire ;
- Ah vous voyez !
- Drôle d’histoire et pas "histoire drôle" »
Les Almanachs sont ainsi faits.
Sans queue ni tête je vous dis.
Ce sera tout pour aujourd'hui
LE RDD
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