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6 Février 2012, 16:32

par chantalin52 6 Février 2012, 16:32

15 janvier 2012, MONPRINBLANC!

Randonnée de Monprimblanc

Vous êtes sur votre moteur de recherche favori, vous avez décidé de cliquer « Monprimblanc ». Vous apprenez que c’est une commune de 275 habitants, que l’église s’appelle Saint-Jean-Baptiste, qu’elle date du XIIème siècle, que des aménagements ont été faits successivement au XVIIème et au XIXème siècle et peut-être entre ces dates ou avant ces dates. Vous apprenez aussi que le maire actuel se nomme Hervé David. Vous pensez alors tout savoir sur ce lieu ? Que nenni ! Une fois sur place vous apprenez encore que la mairie actuelle date de 1935 (c’est sur le fronton). Conclusion: il faut aller sur le terrain, c’est une bonne façon d’apprendre. Vous voici donc armé, prêt au discours savant ? Pas encore ! Quelque chose vous embarrasse (vous avez toujours été embarrassé par l’orthographe depuis la primaire) : pourquoi ce « n »devant « p » ? Voilà qui contredit ce que votre instit vous avait appris (en même temps sa voix vous revient comme par enchantement et le visage de certains petits camarades et le minois de celle dont vous étiez amoureux et qui… Mais basta ! vous vous égarez). Tout ça provient du fait que l’origine de cet endroit est gasconne pardi ! Ah ben ça alors ! « Mont Primblan » en deux mots que ça s’appelait chez les gascons mon garçon. Vous voilà bien !. Et c’était qui ce Primblan ?

-Euh…ils ont changé le Prince Noir en primblan?

 

Moi j’y suis été à Monprimblanc et c’est peu dire qu’il y faisait frais quand j’y suis été. D’ailleurs je vais vous conter la chose.

Au départ on était dix : j’oublie jamais celui (celle) qui prend la photo. Je me demande si l’un(e) d’entre nous ne s’est pas fait tancer à cause de son retard: tête baissée, regard courrocés ici et là, c'est qu'y a des sévères et qui n’hésitent pas à tancer chez randodahu ! Certains nhésitent même pas à rigoler du malheur d'autrui : c’est pas bien mais c’est comme ça. Au fond on est une équipe comme une autre !

On était prêts à partir et on est parti tous les dix.

 

 

       

 

Ça « gadouillait » le long des coteaux. Que de boue, que de boue ! En avoir plein les bottes dès le départ c’est pas bon signe, mais on n’allait pas commencer à se montrer ronchon sur la distance qui sépare la mairie de Monprimblanc de l’église de Monprimblanc. Alors on a admiré (soleil en moins, hélas !) le panorama. Et que disait-il donc le panorama ? Il n’avait pas le temps d’en placer une : il montait, il descendait, il remontait, il redescendait. Souvent –personne n’est étonné -  c’était des vignes, parfois c’était des bois. On a même passé un ruisseau, un gué, mais personne ne s’est noyé (ouf). Les chasseurs étaient à l’affût comme tous les dimanches avec leur seyantes tenues orangées et leur fusil à l’épaule. On se parle avec les chasseurs, on compatit même à leur douleur, car ce n’est pas rien de rester planté dans le froid et la boue en attendant que le gibier veuille bien avoir la gentillesse de se faire tuer. Moi j’aurais tendance à penser que c’est pas un loisir. Mais moi c’est moi…

Peut-être saviez-vous qu’aux temps médiévaux les belles se choisissaient une couleur en fonction de leur teint, de la couleur de leur chevelure, ou de celle de leurs yeux ou sous d’autres prétextes (frisant la frivolité, mais vive le frivolant qui exclut la raison). Cette couleur choisie était arborée comme l’étendard de leur personne sous forme de rubans (il y en a un très bel exemple dans La Princesse de Clèves). Leur chevalier favori exhibait à son tour ces rubans colorés qu’il accrochait - par exemple - à l’écu ou à la lance et ça s’appelait une faveur. A Monprimblanc, la tradition ne s’est pas perdue. Tantôt la faveur est orangée, tantôt elle est bleue.

 

 

      

Cette randonnée avait une autre caractéristique vestimentaire : les bonnets. Etait-ce l’influence de la nouvelle année qui venait s’exercer jusque là (« Bonnet-nez, Bâdabe, bonnet-nez Bâdeboiselle, Bonnet-nez Bonsieur ») ? Je n’en jurerai pas, mais tous les marcheurs allaient ainsi vêtus de pied en cap, aussi bien coiffés que chaussés, ils cheminaient entre les grosses cloches des clochers de village et les clochettes des maisonnettes.

      

 

Au bout d’un certain temps, il a semblé que ça n’en finissait pas de monter, au point que la troupe a murmuré. Certains mêmes, pris d’un soudain malaise des altitudes, s’apprêtaient à crier leur désespoir : « J’veux descendre !!!! ». Que faire ? Que faire quand la troupe murmure ? Que faire quand le drapeau noir de la révolte est levé (même timidement) ? Que faire quand on va se faire sonner les cloches ? Il faut maintenir l’espoir de la troupe, cultiver son moral et taper par conséquent dans le boniment. Hélas l’art du boniment se perd surtout dans ces périodes où le présidentiable abonde et où le « vulgum pecus » devient de mauvais poil à force d’être brossé tantôt dans le sens du poil et tantôt à rebrousse poils. Le maître de randonnée doit-il se muer en animal politique, en chef de parti, en général nous voilà (ah, mais je confonds peut-être avec La Fayette) ? Que fait le guide avec son troupeau de randonneur(se)s ? Il ne peut pas aplanir le terrain, car la géographie est ce qu’elle est, la topographie itou, et de toute façon, quelque  précaution qu’on prenne,  on n’apporte pas toujours une pelleteuse avec soi (ce jour-là d’ailleurs elle était restée dans le placard à balais), ni même la gomme à effacer les courbes de niveau (et puis notre maître n’avait pas la carte). Et bien dans les stages (avancés) de randonneur-chef on a la parade. Quand ça monte (la colère du troupeau bien sûr, qui est généralement proportionnelle au dénivelé de la pente) il ne faut pas dire que ça ne monte pas (quelle erreur !), mais que ça va cesser de monter, quand il pleut, dire : « après la pluie le beau temps », quand on s’impatiente de l’heure d’arrivée, dire: « on arrive bientôt », quand il fait froid, dire  que la météo prévoyait un adoucissement le matin même, quand on est perdu dire que le GPS n’a plus de réseau sans oublier, trois minutes plus tard, de faire le point en distribuant des gâteries. En fait on a tous compris qu’un bon aniMATEUR est avant tout un aniMENTEUR.

 

       

C’est précisément tout en haut d’une colline qu’on a pu découvrir la petite église paroissiale de Gabarnac. On a dit que les cathédrales étaient des livres de pierre, les chapelles et la moindre église sont aussi des objets de lecture. Avant la lecture et les explications on s’est dessoiffé sur un vieux banc et on s’est restauré sur la table improvisée d’un tombeau de comte ou de marquis (hé oui, la révolution est passée par là). Après quoi on a lu très attentivement. Tout d’abord, le réalisme des bas-reliefs est frappant et permet avec un peu d’imagination de se représenter le monde médiéval. Peut-être le sculpteur a-t-il eu l’occasion d’être lui même fantassin (les fantassins étaient prédominant dans les armées, mais l'infanterie manquait de discipline et d'entraînement, il s'agissait souvent d'une milice de paysans) en voici quelques uns représentés ils portent sur leur bouclier les armoiries de leurs seigneurs (peut-être pouvait-on deviner alors qui avait fait la guerre ?), ailleurs, deux chevaliers debout tiennent un cheval sellé par la longe, deux autres bas-reliefs montrent, l’un une scène de meurtre et même d’égorgement (s’agit-il d’un souvenir guerrier là aussi ? ou évoque-t-on une scène biblique ? un fait-divers ?) l’autre est plus ambiguë, car des deux personnages (qui se sont emparés d’un troisième au centre), l’un semble bien cornu : est-ce le diable à qui un chevalier ( ?) disputerait une pauvre âme en perdition ? le réalisme en tout cas est celui d’un sculpteur paysan : sur un bas-relief  on voit beaucoup de poules apparemment en train de picorer, une des scènes représenterait-elle les vendanges ? Une femme porte un personnage sous son bras : est-ce un enfant ? sur une autre partie on pourrait voir une scène de chasse : un homme, (deux peut-être) sonne du cor, tandis qu’un troupeau est en fuite si j’en juge par le mouvement des pattes. Mais comme on est au moyen-âge le réalisme touche aussi la représentation des attributs sexuels qui ne peuvent pas échapper aux braves commères venues faire leur dévotion en demandant au bon dieu d’exaucer leur prière, même si un peu de fiction épique se mêle à la réalité car l’homme nu représenté  sur la partie droite du tympan, est particulièrement « couillu ». Sans doute n’était-il pas trop difficile de demander au bon dieu d’exaucer certaines prières. Mais les prières comme les promesses, on le sait, sont rarement tenues (peut-être pas au moyen âge où la foi jurée c’était quelque chose). C’est un petit manuel d’apprentissage de vie quotidienne à l’usage du paysan et de la paysanne.

 

      

 

      

 

 

 

Nous avons poursuivi notre chemin oubliant presque le vent et le froid, les yeux fixés, par curiosité, sur les traces de chevreuil partout présentes et sur les chasseurs de sangliers et les molosses, par précaution. On nous a parlé beaucoup d’un château en ruines qu’on était curieux de voir et qu’on n’a pas vu et d’une certaine Pectative qui semblait être « l’ex » de l’un d’entre nous dont on a refusé de nous  conter l’histoire, donc motus ! 

 

      

 

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