LES BELLES DE L'ILE (3)
De la pointe coton à Bourhic
La journée de la veille n’était pas très ensoleillée, mais on avait des éclaircies ! Est-il prévu des éclaircies pour aujourd’hui ? Le matin mon « camarade » consulte la météo sur un portable hyper hyper sophistiqué qui lui donne tout ce qu’il faut savoir sur le temps à Belle Ile. Mais quand on arrive à la « cantine » les infos de « l’autre » groupe nous disent tout le contraire. Ce matin il devait faire beau. Ben non ce sera pas le cas. Faut avoir le moral !
On est à Port coton, c’est comme hier, venteux mais en moins bien. On consulte la carte et, on se consulte aussi entre nous, heureusement que la présidente nous donne le « la », sinon j’irais me mettre au coin du feu et les pieds dans mes charentaises. Malheureusement faut y aller !
Et le pire, c’est qu’on y va.
Mais au vu de la configuration du terrain et de ses précipices, ce sera sans se précipiter ! (P1000867). Et, comme toujours, on est trompé par la beauté transparente de l’eau (P1000865) qui nous laisse croire que le bleu est le même du côté du ciel. Mais il suffit de lever la tête et la réalité se rappelle à nous. Un petit coup d’œil sur le soleil qui caresse une arche marine nous fait espérer un peu de beau temps, mais sitôt que l’on pointe le regard vers l’horizon on est quasiment mené au désespoir. Peu à peu on doit enjamber des flaques d’eau sur ce fichu « sentier côtier ». Quant au sémaphore du Talut il achève de liquéfier nos espérances déjà fortement douchées. Le salut c’est pas pour randodahu, le crachin nous tient bien ! Dans la brume (car il y en a !!!) on peut s’égarer, attention ! Le ciel soit loué (si on veut désigner par là son locataire habituel), il y a un pilote dans l’avion : la présidente tient le cap ! Et tant mieux, car les écluses du ciel (pas celui–là, l’autre) étant ouvertes, les angoisses de la veille renaissent : c’est de plus en plus glissant. On ne sait que faire de ses pieds ni de ses mains. Seul, l’homme tranquille garde son sang-froid et, de ses conseils, il indique où placer le soulier, comment tourner la cheville, où s’agripper si l’on peut et où planter son bâton de marche quand on en a un. C’est un expert ! Il aide de la voix et du geste les apeurées. Devant une telle sagesse, admiratif je suis ! Maitre Yoda, merci. Seulement voilà, je ne suis qu’un apprenti Jedi. Gare à la chute ! Etant allé les embrasser malgré moi, je constate, le nez dans les bruyères et les fougères, que le paysage proche n’a pas changé depuis hier (P1000885) puis, élevant le regard, je vois à nouveau ces fameux « stangs » où il semble que la terre ait fini par emprisonner la mer (P1000882), en faisant disparaître l’horizon. Ma chute dans les herbes aussi a fait disparaître l’horizon et la bruyère est humide.
On traverse parfois des endroits gonflés car le degré d’hygrométrie est élevé. L’eau, dirait-on, ne manque pas dans ce pays. C’est à « Grand Village », si ma mémoire est bonne que nous avons reçu notre pitance méridienne. Ce midi, c’est une pitance pas du tout piteuse : des lentilles parmi quelques autres bonnes choses. Mais il pleut toujours, on s’abrite comme on peut sous les arbres et la distribution commence. L’Homme d’armes a pris soin de se munir d’une boisson revigorante des Graves. Santé, jeune homme ! De son côté A.M., qui marche toujours devant, a pris la précaution de prendre un peu du café chaud de ce matin dans sa bouteille thermos. On reconnaît à cette attention les sages et les prévoyants. On repartira avec les cageots vides et nos sacs pleins de bouteilles d’eau (la charge des « hommes » me confie la présidente). Bientôt nous croisons quelques mérinos. On a pu les prendre pour des chèvres à cause de leurs cornes, mais pour différencier le mouton mérinos de la chèvre angora il suffit d’attendre : attendre que le mérinos ait le temps de pisser. Ce qui fut fait. Après quoi on a fait trois fois le tour du patelin : on s’était un peu perdu, grâces soient rendues à la boisson revigorante des Graves. Il a fallu contourner le même puits au moins trois fois pour lever le sortilège et on est sorti du cercle enchanté. Après quoi on a pu croire que ça s’arrangeait : le paysage était quasi méditerranéen avec ses pins parasols et la mer était d’huile. Illusion de courte durée ! la descente en boue-bsleigh a recommencé presqu’aussitôt et je ne sais toujours pas qui a gagné la compétition !!! Si vous le savez, écrivez-moi. Mais je ne risque pas de recevoir beaucoup de courrier : la finaliste, qui a certainement fini sur le cul (houps pardon !) doit redouter les concours de toute sorte, y compris ceux de mode. Je rappelle que le boue-bsleigh ou boue-bsled ou encore boue du bled est un sport d'été pratiqué préférentiellement en Bretagne dans lequel une équipe de deux ou de quatre personnes font des courses chronométrées sur une piste couverte d’argile, boueuse, étroite, etc. Le « hic » c’est qu’on n’avait pas de chronomètre, mais pour le spectacle, y en avait !
Je ne vous étonnerais pas si je vous dis qu’il a plu, plu et replu. Ça n’empêchait pas le paysage marin de se trémousser avec ses limpides eaux qui nous invitaient à la baignade, ses douces collines qui nous invitaient à une partie de Golf et ses chemins qui nous invitaient à prendre la mer au plus vite.
Après avoir traverser maintes plages (au risque de perdre le nord), nous sommes arrivés au pays des chèvres défoncées (je lis très mal). Pour voir les chèvres défoncées il faut l’être un peu soi-même. Je n’en dirai pas davantage. Il m’a semblé reconnaître quelqu’un qui ressemblait à l’enchanteur Merlin ou Gandalf le Magicien dans le troupeau, mais j’ai pu faire erreur, car on n’était pas à Brocéliande. Quoiqu’à la réflexion, Brocéliande se trouve en Bretagne, comme Belle Ile en mer. Ah ? ce sont des chèvres « des fossés », dites-vous ? On l’indiquait même sur un panneau. J’ai dû manquer la classe où mes petits camarades apprenaient la lecture. Autant pour moi, je rectifie.
Le ciel bleuissant, le paysage s’est également mis à bleuir ce qui a fait sortir les sternes pierregarrin et quelques pigeons bizet. Les sternes ont crié mais je n’ai pas entendu le roucoulement des pigeons.
Ça montait très fort parfois ce qui a dû faire tourner les têtes. On croisait des gens. Certains solitaires et perdu comme cet avenant jeune homme avec qui les belles se sont empressées de converser. Cette fascination a conduit l’une d’entre nous qu’il s’agissait d’un exorciste portant des gousses d’ail rose sur son sac. D’autres beaucoup plus âgés et en couple qui nous ont fait savoir que la descente, ça allait, mais qu’on aurait plus de mal quelques dizaines de mètres plus loin. C’était gentil de prévenir. Ça c’était après la plage d’Herlin.
On est quand même arrivé à Bourrhic. On a appelé un car. Un chauffeur est venu nous chercher mais il a fallu l’attendre et il avait un air bourru, même qu’il n’est pas descendu pour nous ouvrir la porte. Ces manques d’égards ne sauraient se pardonner, foi de RDD. En l’attendant on a pu visiter les alentours d’un moulin en ruine ainsi que quelques bicoques du coin. Les plus expérimentés se sont livrés à des gestes incongrus qui avaient de faux airs de gymnastique. On s’amuse à tout âge !
Grâce au bourru chauffeur de Bourrhic, on a pu enfin retrouver notre colonie pénitentiaire où certaines nous attendaient impatiemment (au mois en apparence).
Mince, je me suis trompé de photo : la bonne photo, c’est la dernière.
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