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Origne 4 mars

par chantalin52 5 Mars 2012, 19:06

La Balade des gens heureux

ORIGNE LE 4MARS

ORIGNE ou « la Balade des gens heureux »

Je sais, je sais, je sais : avec un titre pareil il va falloir tenir la distance et j'ai comme l'intuition que ce n'est pas gagné d'avance, mais qui ne tente rien n'a rien,  allons-y.

Savez-vous ce que c'est que de conduire un troupeau ? Vous n'êtes jamais allés accompagner un berger au cours d'une transhumance dans les Hautes-Pyrénées ? Moi non plus. En revanche, j'ai pu voir ce que signifiait "mener le dahu et la dahute" quand il s'agit de rejoindre le bon port. Je veux dire que j'ai observé attentivement l'homme en général et surtout celui qui conduit le troupeau des dahus. Je dois avouer que ce n'est pas une sinécure.  Généralement ça démarre bien, et souvent même très bien.  Le départ se passe à l'ombre d'un clocher (la formule est purement conventionnelle car pour qu'il y ait de l'ombre il aurait fallu du soleil… et le soleil n'était pas de la partie). Néanmoins, les sourires sont sur les lèvres, les mollets sont guillerets, l'allure est ferme et vive. Le berger n'a pas de mal à faire marcher le troupeau, bref la bonne humeur est bien installée peut-être aux dépens de ceux qui  ont eu la mauvaise idée de rester à la traîne. Mais passons. Les grandes tailles ont pris le haut du pavé ou plus exactement  le milieu du sentier, les petites tailles avancent sur des terres plus basses, mais qu'importe : chez les dahus ce sont les jambes qui font avancer la procession et d’autant plus vite ce jour-là que le dénivelé était à peu près aussi plat qu'un encéphalogramme de gastéropode (avez-vous essayé de suivre la conversation d'un gastéropode? Il bave et c'est pas toujours luisant). Mais chez nos dahus il y avait du cœur à l'ouvrage.

 

       

 

Pour autant que je me souvienne, la troupe est passée devant des chiens enfermés dans leur clos par une double rangée de fils de fer électrifiés. Les mollets n'ont donc pas eu à souffrir, ni les mollets un peu secs, ni les mollets grassouillets. La caravane passée, les chiens aboyaient encore. Certains proverbes se vérifient parfois assez facilement. Pour autant que je me souvienne une sorte de pluie sans nom s'est mise à crachouiller. À nous les ponchos et de chapeaux, mars est de retour, sa pluie, ses bourrasques, son crachin. Pour autant que je me souvienne, la troupe a dépassé plusieurs carrefours, où aller : devant ? À gauche ? À l'Est ? À l'Ouest ? Ceux qui, dès le départ, avaient suivi l'itinéraire sur la carte ne pouvaient pas se tromper, quant aux autres…, se gratter l'occiput ne permettait pas de trouver l'azimut. Zut ! Le plus simple sans doute aurait été de repartir en arrière. Mais le Dahu, pour son renom, ne renonce jamais. Pour autant que je me souvienne, il me semble qu'à un moment donné, le plat s’est fait pentu dans le sens de la descente. Il y a eu quelques virages (étonnant n'est-ce pas ?), quelques bosquets (mais où allait-on ?), on m’a même dit (mais je suis resté incrédule) que le sentier rencontrait un ruisseau qui traversait le bourg d’Origne (mais où était-on ?). Quand tout à coup, en effet, un gué a croisé notre chemin. Un gué ? Au XXIe siècle ? Quel anachronisme ! Celui qui m'avait mis la carte  entre les mains avait dû se tromper d'époque: d'où l'avait-il tiré cette carte ? De quelles archives inconnues et (forcément) poussiéreuses? On n'a pas tous les mêmes cartes et je me suis encore fait flouer par un membre de la secte bien connue des animenteurs. Le jeu était clair: on avait décidé de nous perdre! Le métier de berger, c'est pas facile. Surtout en période d'apprentissage. D'autres vous le diront.

 

 

Mais puisque l'eau était là il nous fallait aller à l'eau. Et pour y aller il fallait  soit retirer chaussures et chaussettes soit se donner de l'élan. Certaines ont refusé de se mouiller. Celles-là ont donc choisi un passage de pierres naguère aménagées pour traverser le gué. Des galets qui paraissaient glissant à souhait.  En tombant à droite on avait de l'eau jusqu'aux chevilles, en tombant à gauche on avait de l'eau jusqu'au « nombrille ». Equilibre précaire donc. Avec des bâtons qui pouvaient faire office de balancier, la solution s'est révélée efficace : elles ont pu atteindre l'autre rive sans encombre. On pouvait aussi se donner de l'élan en visant, grâce à un saut intelligemment calculé, un billot de bois qui paraissait fiché dans la vase au milieu du courant. Par une sorte de défi, H. lance son sac de l'autre côté du ruisseau et décide de se lancer lui-même en enjambant l'eau pour rebondir sur le billot. Mais, mais, mais, mais le billot étant mobile, l'élégant saut de caprinidé (c’est la famille du dahu) s'est transformé à la réception en un double axel (pour mémoire, "un axel est un saut partant sur une carre extérieure avant et se terminant sur une carre extérieure arrière après une rotation d'un tour et demi dans l'espace. Le saut de base dans la famille de l'axel s'appelle le saut de valse, partant et atterrissant sur les mêmes carres, mais en n'accomplissant qu'un demi-tour en l'air"). Je ne suis pas assez souvent dans les jurys de patinage artistique pour prendre une décision quant à la figure que s'est imposée H. :  aurait-il commis une faute de carre ? Le fartage était-il insuffisant ? Je l'ignore. Pour autant que je me souvienne, l'arrivée le cul dans l'eau et les quatre fers en l'air a été suffisamment réussie pour obtenir des applaudissements du jury. Non, vraiment, conduire les dahus à bon port est une épreuve redoutable. Ce jour là il est certain que Rika Zaraï a trouvé un adepte du bain de siège : et ce n'est pas une petite récompense. Restait le passage à gué traditionnel : on enlève les chaussures, on enlève les chaussettes, on oublie son vernis à ongles et le risque de le voir s’écailler... et on se mouille malgré les chevilles cisaillées par  la rivière glacée et, arrivé de l'autre côté, on cherche fébrilement la serviette de bain qu'on avait eu le soin d'apporter. Je me suis rendu compte le soir même que je n'aurais pas dû suivre les conseils de notre bon berger et apporter également la savonnette (qu’il avait dit ne pas être obligatoire) au vu de la noirceur des doigts de pied qui avaient plongé, fut-ce pour un séjour forcément très court, dans la vase. Après avoir quitté les lieux de ce drame tout vaseux, il a fallu, évidemment, emprunter le versant opposé c'est-à-dire la montée : le réconfort ne vient pas toujours après l'effort. Certains proverbes se vérifient parfois assez difficilement. Ou même jamais.

 

       

 

 

   

 

 

   

 

 

On a rencontré une palombière à l'architecture raffinée( il existe donc des chasseurs DPLG?). Certains dahus ont cherché à se perdre dans le labyrinthe, y ont trouvé une cuisine et toute une installation destinée à résister à n'importe quel siège.  Mais n'ayant pas apporté avec eux leur fil d'Ariane ils n’ont pas trouvé Ariane. Il pleuvait toujours. Sauf dans la palombière. On en a profité pour grignoter qui une barre chocolatée, qui une pomme, qui un fruit sec. On nous a offert très aimablement du café. Tout ça est vraiment très bien organisé! Hélas, le monde est ainsi fait qu'il a fallu repartir au gré du vent et malgré les intempéries. Et l’on a marché, marché, parlé, parlé. On a vu une ruine, on est passé devant la ruine, et c'était vraiment une ruine. Il était difficile d'apercevoir un sentier, une trace humaine, dans cet abatis où il fallait marcher en mesurant soigneusement ses pas. De nouveau un carrefour : gauche ? Droite ? Depuis le début de l'année, je m'y perds. L'un me dit « à gauche » tandis que l'autre poursuit, inébranlable, sa route à droite. Bizarrement, tout le monde suit celui qui marchait et non pas celui qui donnait la bonne direction. Quel que soit le chemin que l'on prenne, c'est toujours le même brouillon de branches tombées à terre, d'herbes hautes, d'ornières, on piétine, on trébuche, on renâcle, mais on avance jusqu'au moment de la chute.

 

     

 

L'amiral chute, l'amiral  s'est ouvert la main, ça saigne, ça saigne beaucoup, une véritable inquiétude est palpable à travers les questions :

- Tu t'es fait vacciner récemment contre le tétanos, au moins ?

- Tu sais qu'il faut le faire au moins tous les 10 ans.

- Et que la piqûre de rappel est obligatoire.

- Tu sais qu'il faudrait désinfecter?

On a posé des sacs. On fouille dans les sacs. Et on finit par trouver, ici un désinfectant, là une compresse. Certains se demandent comment suturer la plaie. On entend parler de « suture intradermique », de « surjet intradermique », de « suture inversée » (il faut retourner les deux berges vers la profondeur), de « suture en bourse », en anglais : « purse STRING suture », mais il faudrait du fil et une aiguille et personne n’a ça ! On entend aussi parler de « suture primitive » pratiquée dans les premières heures, de « suture à bords affrontés », de « suture de rapprochement »,de « suture secondaire » et même (horreur !) de « suture primitive retardée ». On propose de faire appel au SAMU, à un hélicoptère, mais l'idée est rejetée rapidement, nous avons nous-mêmes failli nous perdre, alors un hélicoptère, vous pensez ! Quelqu'un ayant entendu le mot « string » a cru bon de faire remarquer que pour sa part il n'en avait pas sur lui : preuve qu'il est souvent très courageux de donner toutes les informations utiles à la masse des curieux.

Mais on a appris que tout ça n'était qu'une feinte et finalement, finalement on ne peut qu'admirer le jeu extraordinaire de l'amiral et de ses complices qui s'étaient vraiment très bien préparés en s'affublant (maladroitement, il faut le reconnaître) des tenues rouges de la Croix Rouge.  

 

 

  

 

Le groupe a repris le droit chemin, il est arrivé au point de départ, ce qui a effrayé au moins une dahute qui a cru un instant qu'on tournait en rond (et c'est la vérité on tourne en rond qu'on soit de Latresne ou du Tourne). Mais l'épreuve avait été quasiment insurmontable et certains refusaient de se remettre debout! Alors qu'ils n'étaient qu'à quelques mètres du but il a fallu les tirer par la main, les arracher de leur siège. Ce retour à l'Origine que des incultes ont malheureusement orthographié « Origne » est la fin de la « balade des gens heureux ». J'ai remis, non sans avoir posé le genou à terre, les insignes du commandement à l'amiral en lui faisant remarquer que je  n'avais pas perdu la boussole, enfin "sa" boussole.

P. S. Un Dahu, se prétendant plus cultivé que moi (quel scandale ! Où va se nicher la pédanterie !) a cru bon de me faire remarquer que « la balade des gens heureux » s'écrivait avec deux « L » : il se prend pour Gérard Lenorman celui-là ??? Il voudrait me faire chanter peut-être?

Un autre m'a fait remarquer que le bon berger avait  choisi cet itinéraire  (et le gué) pour admirer les mollets de nos gentes dames!!!

Conclusion (?) : on ne change pas une équipe qui gagne.

Le RDD 

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commentaires
L
cet éloge doit être partagé: la plume c'est moi, mais l'oeil c'est toi!
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R
Merci et compliments à notre RDD  qui ne perd pas le nord : ni sur les chemins pour nous guider, (c'est un bon berger !) ni avec sa plume pour narrer nos moments agréables. 
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